Quelles transformations pour nos espaces publics et nos mobilités ?
La mobilité, c’est ce qui nous permet de rejoindre nos activités de la vie quotidienne : aller au travail, à l’école, faire ses courses, aller voir la famille ou les amis, se rendre à ses activités, ou encore chez le médecin.
C’est un service essentiel, mais cela peut aussi représenter une grosse partie de notre budget, de notre temps, ou une source de stress.
Plus globalement, notre mobilité dominée par la voiture a aussi des conséquences sur la pollution de l’air, le bruit, le climat, la santé, la place occupée en ville…
La mobilité dépend beaucoup de nos espaces publics et de la manière dont ils sont aménagés.
Quelle place pour la marche, le vélo, les transports en commun, la voiture ? Mais aussi, quelle place pour les enfants, pour se déplacer en sécurité, pour se balader, prendre une pause, profiter des commerces de proximité, des espaces verts ?
Interroger la répartition de notre espace public, c’est toucher à des enjeux de mobilité, mais aussi de qualité de vie, de santé, de choix qui sont déterminants pour rendre la ville et nos vies plus agréables et plus durables…!
Idée 1 : “Vivement dimanche matin !” Un itinéraire de balade en ville
L’objectif de la mesure et de l’événement, qui pourrait s’appeler “Vivement dimanche matin !”, est de créer un circuit de boulevards apaisés fermés aux voitures, le dimanche matin, pour permettre aux personnes qui le souhaitent de se promener en famille ou entre ami.es, à pied, en courant, ou encore à vélo.
Cet événement reviendrait à intervalles réguliers, pour en faire une respiration pour la ville et ses habitant.es. Le but est de pouvoir profiter de rues temporairement transformées en espaces d’activités récréatives, pour la balade, la santé, avec une certaine revalorisation de l’espace public, et en offrant une image renouvelée de la ville.
Cette proposition est inspirée de la Ciclovia qui a émergé à Bogota (Colombie) en 1974, un concept qui s’est ensuite étendu dans d’autres villes du monde. Selon la configuration de la ville et l’ambition, c’est souvent un boulevard structurant de la ville qui est coupé à la circulation, mais cela peut aussi concerner un secteur ou un circuit.
Les conditions de mise en œuvre retenues définiront à la fois l’ambition mais aussi le succès de l’événement, avec en particulier les éléments suivants à mettre en débat :
- Le périmètre et le circuit : plus le circuit est bien identifié et passe par des boulevards structurants, plus cela assurera le succès de l’initiative. Une première proposition à discuter vise un circuit d’un peu plus de 6 km autour du centre-ville, avec un passage par le chemin du halage au nord, le parc de la Hotoie à l’ouest et proche de la gare à l’est (selon les contraintes de circulation).

- La plage horaire : il est proposé de faire l’événement le dimanche matin, par exemple à partir de 8-9h et jusqu’à 13h
- La régularité de l’événement : pour instaurer certaines habitudes, il est important d’avoir une certaine régularité. Il est proposé de démarrer par le premier dimanche de chaque mois sur le printemps et l’été 2027.
- La manière de gérer les restrictions de circulation, à un moment où la circulation et les déplacements contraints (en lien avec le travail, les achats…) sont certes limités, mais où les itinéraires alternatifs doivent être anticipés, clairs et bien communiqués en amont. Cela nécessite aussi d’organiser la logistique et mobiliser le personnel ou encore des bénévoles pour faciliter la mise en œuvre.
- Prévoir des animations et activités le long du parcours (musique, activités sportives, jeux, food trucks, etc.), des partenariats avec des associations locales, avec des écoles et leurs élèves, etc. pour que l’événement puisse être approprié par les amiénoises et amiénois de tous âges.
Idée 2 : Développer les rues aux écoles
Une autre proposition du collectif Voix Citoyennes concerne l’espace public devant les établissements scolaires.
Il s’agit d’apaiser temporairement la circulation motorisée à l’ouverture et à la sortie des écoles, et pourquoi pas des collèges et/ou lycées. Les rues en question seront fermées à la circulation à certains horaires les jours de semaine pour permettre aux élèves des établissements scolaires et aux personnes qui les accompagnent de s’y rendre dans de bonnes conditions.
Ce dispositif prend plusieurs formes et porte différents noms selon les collectivités qui l’ont déjà mis en place. On parle ainsi des « rues aux écoles » à Paris, des « rues scolaires » à Strasbourg ou encore des « rues aux enfants » à Lyon. L’idée est de s’inspirer de ces dispositifs divers pour les adapter aux spécificités amiénoises.
Les avantages sont nombreux :
- Sécurisation et pacification des espaces publics devant les établissements scolaires
- Création de nouveaux lieux de sociabilité et de convivialité
- Transformation des mobilités des parents d’élèves (incitation à venir à pied ou à vélo)
- Végétalisation et réaménagements possibles sur un plus long terme
Mais les défis sont nombreux également et les listes intéressées par ce dispositif devront prendre en compte :
- Les besoins en mobilités des parents d’élèves
- Le plan de circulation des rues concernées
- Les dispositifs concrets de sécurisation mis en place aux heures concernées (plots amovibles, agent.es de circulation, etc. ?)
Il est recommandé de commencer par quelques écoles-tests et de procéder à des expérimentations pour étendre le dispositif plus largement dans un second temps.
Idée 3 : Fournir gratuitement des vélos aux étudiant.es
Et si la ville fournissait gratuitement des vélos à une partie de la population ?
Cette idée a déjà été mise en place à Lyon à destination des étudiant.es et des personnes en demande d’emploi. A Amiens, notre collectif suggère de cibler également la population étudiante, plus jeune et disposant de moins de ressources que la population générale.
L’achat d’une flotte de vélos représente un coût relativement modique pour une collectivité comme Amiens, mais permettrait des gains substantiels :
- Transformation immédiate des habitudes de mobilités de personnes jusque-là non concernées par les mobilités actives.
- Offre d’une vraie alternative aux voitures individuelles plus coûteuses et moins efficaces pour les déplacements en ville.
- Gains pour la santé, l’environnement et la qualité de vie en ville (moins de nuisances sonores, moins de pollution de l’air, moins d’occupation d’espace).
- A moyen et long termes, augmentation du nombre de vélos en circulation en ville et transformation durable des mobilités à Amiens.
Les listes qui retiendront cette proposition devront cependant déterminer un certain nombre d’éléments :
- S’agira-t-il de prêts ou de dons ?
- Quels services de la ville seront impliqués ?
- Combien de vélos seront concernés ?
- Quels vélos choisir et où se les procurer ?
Une telle politique publique nécessitera sans doute de créer une “maison du vélo” ou un service public spécifique.
Idée 4 : Une tarification du stationnement résidentiel juste pour financer les mobilités durables
Pour les quartiers soumis à la tarification du stationnement résidentiel à Amiens, le tarif est fixé à 1 €/an pour la 1ère voiture, 150 €/an pour la 2ème voiture puis 300 € pour la 3ème.
Cela fait d’Amiens une exception sur ce sujet, avec une tarification équivalente à moins de 0,10 €/mois pour la 1ère voiture et 12,5 € pour la 2ème, alors que la moyenne des villes en France est de 22 €/mois, avec des tarifs qui s’échelonnent généralement entre 10 et 35 €/mois.
Une place de stationnement, c’est environ 10 m² d’espace public. Le stationnement d’une voiture particulière correspond à une privatisation de cet espace public, mis à disposition quasiment gratuitement pour la 1ère voiture, quand cet espace pourrait être dédié à d’autres fonctions à promouvoir : trottoirs larges et sécurisés, pistes cyclables, voies de bus, mais aussi végétalisation, aires de jeux pour enfants, espaces de sociabilité, etc.
Il est ainsi proposé de re-questionner la tarification actuelle, dans un triple objectif :
- Pour financer des politiques de mobilité ambitieuses, qui nécessitent des investissements conséquents : pour des espaces publics de qualité et sécurisés, pour accélérer le plan vélo, améliorer l’offre de transports en commun, pour des politiques d’accompagnement dans la transition des mobilités (aides à l’achat, tarification sociale, etc.), pour végétaliser la ville, etc.
- Être plus justes dans la répartition et la tarification de l’espace public, dans le but d’aller vers une ville plus agréable à vivre et plus durable.
- Pour donner les bonnes incitations à des mobilités plus durables, alors que le stationnement abondant et (quasi-)gratuit est une incitation majeure à l’usage de la voiture. Le levier du nombre ou de la tarification du stationnement est un outil efficace pour changer les pratiques, à condition que les changements soient répartis de manière juste et en développant les alternatives les plus vertueuses, ce qui est justement visé par les recettes supplémentaires mobilisées par la tarification.
Pour répondre à ces différents objectifs, la direction à prendre nous semble être d’augmenter la tarification du stationnement résidentiel, en mettant en débat la pertinence des critères de modulation suivants (en s’inspirant notamment de nombreuses autres collectivités qui ont récemment fait évoluer leur tarification du stationnement) :
- Garder la progressivité du tarif en fonction du nombre de voitures.
- Ajouter un critère social, selon les revenus, pour faire payer en priorité celles et ceux qui en ont les moyens et limiter les impacts potentiels sur les plus précaires.
- Moduler éventuellement le tarif selon le poids du véhicule ou la motorisation, pour encourager à aller vers des véhicules plus sobres et électriques.
